Travailler sur le changement de comportement

Travailler sur le changement de comportement 2018-11-26T12:34:50+00:00

Dans la perspective de promouvoir l’altermobilité et le mode piéton auprès d’usagers dont la mobilité est traditionnellement orientée vers l’utilisation de la voiture individuelle, une étape complémentaire aux aménagements concrets pouvant être réalisés consiste à travailler sur le changement de comportement de ces individus.

 

Mécanismes du changement et facteurs d’influence des choix modaux

Afin d’impulser le changement de comportement de la population, il est primordial de comprendre les raisons de leur choix modal, les critères déterminant chez chacun leur manière de se déplacer, mais aussi la perception personnelle qu’ils en ont. L’appréciation des raisons justifiant les choix modaux reste donc une réflexion propre à chaque individu.

Le temps de déplacement est par exemple un critère objectif déterminant le choix modal, mais même cette caractéristique technique doit être comprise en fonction de la compréhension subjective qu’en ont les individus, notamment pour la marche à pied. La thèse de Vincent Kaufmann (chercheur et professeur suisse en Sociologie urbaine et analyse de la mobilité à l’EPFL) en 2001 prouve d’ailleurs que le temps de déplacement perçu peut être différent du temps réel. En effet, le temps est perçu en fonction de s’il est “appropriable” ou non par l’usager. Il est donc important d’offrir des possibilités aux piétons pour transformer le temps de déplacement en “temps valeur” (commerces sur leur chemin par exemple).

Rue commerçante – Nante – (c)jean-louis Zimmermann – Flickr

Les facteurs d’influence de la mobilité des individus sont multiples. Joël Meissonnier (chercheur en sociologie au Cerema) a notamment identifié trois dimensions influençant la mobilité des individus.

Premièrement, les stratégies de localisation. Lorsqu’un individu choisit un lieu de vie (pôle de vie), celui-ci accorde une attention plus ou moins grande à deux choses qui vont influencer fortement sa mobilité. La première reprend les opportunités d’activités situées en contiguïté à son pôle. Si les activités sont proches, il va moins se déplacer, et au contraire, si elles sont loin, il va se déplacer plus. La seconde est l’accessibilité aux réseaux de transports collectifs à partir de ces pôles. En effet, si l’offre est bonne, il lui sera plus facile d’utiliser des modes alternatifs et par conséquent de marcher pour les emprunter. Par ailleurs, s’il cherche à s’assurer de rester proche des lieux qu’il a l’habitude de fréquenter, ses choix seront plus restreints.

Deuxièmement, les capacités de mouvement. Se déplacer demande en effet de nombreuses connaissances et compétences, ce qui place les individus en situation d’inégalité quant à l’utilisation de tel ou tel mode de déplacement. On peut également penser aux personnes aux besoins spécifiques en situation de handicap moteur ou cognitif, psychique et mental.

Troisièmement, la représentation des moyens de déplacement n’est pas la même entre les individus. Elle dépend des vécus personnels, des possibilités d’appropriation des temps de déplacement, et des appréciations en termes d’adéquation fonctionnelle et symbolique.

L’importance du management de la mobilité

Les techniques diverses et variées pour influencer le comportement des individus dont la communication, l’information et la sensibilisation font partie intégrante peuvent se regrouper dans ce que l’on appelle le “management de la mobilité”. Cela “consiste à agir sur la demande en déplacements afin de réduire l’usage de la voiture individuelle et promouvoir l’usage des modes [de déplacement] durables” (promobilité.fr, 2015). Il s’adresse aux individus comme aux collectivités et aux entreprises afin que tout un chacun puisse changer ses comportements de déplacement.

Le management de la mobilité est principalement fondé sur la sensibilisation par l’information et la communication. Il intègre des méthodes “douces” qui consistent à agir sur le mental des individus pour tenter d’influencer leurs comportements de mobilité. Elles sont directement opposées aux méthodes “dures” qui consistent à agir de manière physique sur un territoire (développer l’infrastructure en transports collectifs, supprimer les coupures urbaines, etc.) dans le même objectif que la première méthode.

Inciter à la mobilité piétonne

Par la communication

Une bonne communication, entendu ici comme le fait de transmettre des informations au grand public pour inciter à une mobilité plus durable et en particulier à la marche à pied comme mode de déplacement au quotidien, permettra de faire connaître les possibilités locales en matière de modes alternatifs, ainsi que de responsabiliser les usagers.

Sentiers.be, en tant qu’association, insiste particulièrement sur cet aspect et propose d’ailleurs diverses actions de communication.

Tout d’abord, pour faire valoir les réseaux communaux de mobilité douce, notre équipe propose des cartographies synthétiques à destination du grand public et reprenant des itinéraires balisés pour relier des pôles d’intérêt communaux (sélectionnés lors des réunions de concertation). Installées sur des panneaux en bois au format A0, elles indiquent aux piétons les possibilités s’offrant à eux pour rejoindre facilement à pied différents lieux du territoire communal. Des indications concernant l’offre en transport en commun sont aussi signalées dans les cartes les plus récentes.

Ensuite, nous organisons également des conférences dans les communes qui le souhaite pour présenter les aspects de mobilité au quotidien, le règlement sur la circulation en forêt, la nouvelle signalétique en matière de balisage touristique ou encore les enjeux de la biodiversité. Nous proposons des modules didactiques pour informer le grand public sur les enjeux ou les nouveautés des matières concernées.

Enfin, notre site internet et les newsletters informent de manières générale (aspect théorique) et précise (cas locaux, actions ponctuelles ou récurrentes) toutes les personnes intéressées sur les thématiques de la mobilité piétonne et des petites voiries.

Par la sensibilisation

La sensibilisation permet de rendre les usagers sensibles et réceptifs à quelque chose pour lequel il ne manifestait pas d’intérêt a priori. Très proche de la communication, ces actions visent à toucher directement les émotions et sentiments des usagers.

Sentiers.be travaille notamment sur un public cible particulier que sont les enfants scolarisés de l’enseignement primaire. La relation des enfants à leur milieu de vie proche est essentielle à leur développement et nous l’espérons au développement d’une société responsable. Nous mettons l’accent d’une part sur la participation des « jeunes citoyens »  à une compréhension et une gestion plus responsable de l’environnement, ainsi qu’a une mobilité plus durable. Afin d’obtenir des changements de comportement, nous axons nos projets sur deux points :

  • des projets annuels, dont les thématiques portent sur la biodiversité, la mobilité douce. Toutefois, dans le souci de répondre à la demande, nous adaptons les canevas d’animation à des projets plus ponctuels.
  • des projets visant la participation et l’implication d’un maximum d’intervenants : enfants, enseignants, direction, parents, administrations communales, etc.

Par ailleurs, nos actions de communication citées plus haut sensibilisent aussi le grand public.