Une bonne canette est une cannette recyclée !

Avec un taux de recyclage de 100%, les canettes sont les objets rêvés pour l’environnement… à la condition d’être totalement collectées après usage !

Il y a quelques mois se tenait la troisième édition du « Grand nettoyage de printemps » organisé partout en Wallonie. Résultats : 250.000 tonnes de déchets sauvages ramassés. Nous pouvons d’emblée constater qu’en la matière il y a encore un gros travail de sensibilisation et de répression à réaliser. Beaucoup d’automobilistes, et dans une bien moindre mesure, certains cyclistes et promeneurs ont toujours le mauvais réflexe de jeter leur canette et autres déchets sans attendre une poubelle.

Mais qui sont les gens qui jettent dans la nature, quels sont leurs réseaux ? Ou plus sérieusement que jettent-ils ? Parmi les chiffres récoltés à l’occasion du Grand nettoyage, dans 74% des cas, les sacs PMC utilisés pour les collectes contenaient une majorité de canettes métalliques, tandis que les emballages divers et sacs plastiques dominaient dans la catégorie de sacs « tout-venant », avec respectivement 45% pour les premiers et plus de 18% pour les seconds. Le reste est composé d’autres types de déchets, tels que les mégots de cigarettes, ordures ménagères, mouchoirs (17%), les papiers/cartons (10%) et le verre (8%).

Certains relativisent indiquant que seuls 5% de la totalité des canettes vendues ne sont pas récupérées et se retrouvent au bord des routes ou dans les champs.

Une publicité coutumière le long des voiries dont nous nous passerions bien…

Beaucoup de canettes en dehors du circuit du recyclage

Cependant, on en perdrait une autre grande partie non triées dans les ordures ménagères (13%) et les poubelles des entreprises et espaces publics (30%). Plus de 40% des canettes seraient donc incinérées avec le « tout venant »1. Il faut de plus mettre cela en perspective. Une canette met entre 100 et 500 ans pour se dégrader. Son impact sur l’environnement et notamment sur la qualité du sol ou des cours d’eaux est donc important, tout comme ses conséquences sur la faune. Les agriculteurs sont particulièrement touchés. Canettes mais aussi bouteilles en verre, matériaux de construction, jetés dans les champs, peuvent d’une part directement blesser le bétail mais peuvent aussi se retrouver parfois dans l’alimentation de celui-ci. Il n’est en effet pas rare que des morceaux de métal ou de plastique se retrouvent dans le fourrage. Car lors du ramassage du foin, tout est récolté, y compris les déchets. Le tout est alors broyé et lis en ballots. Ces corps étrangers peuvent perforer et infecter les organes vitaux des animaux.

Un déchet payé plusieurs fois par le consommateur…

Outre l’aspect environnemental, les coûts de ramassage sont importants : 20 millions d’euros pour la Wallonie rien que pour les voiries régionales et les autoroutes, mais aussi des centaines de millions pour les communes. Le coût du ramassage des déchets sauvages communaux est difficile à estimer mais in fine il est quand-même répercuté sur le contribuable via divers impôts ou taxes. Le consommateur participe donc aux frais de gestion des emballages mis sur le marché belge de multiples façons : lors de l’achat du produit emballé, lors du paiement de sa taxe-redevance déchets annuelle, lors de l’achat du sac bleu, et en tant que contribuable. Tout cela ne prend pas en compte le nettoyage des chemins, sentiers, voiries communales, berges de cours d’eau par les associations ou mouvements citoyens ou de jeunesse qui « font le ménage » de leur environnement ainsi dégradé.
Reste enfin l’impact en terme d’insalubrité pour l’image des quartiers, des espaces verts et des espaces ruraux dont l’image en prend un coup quand les dépôts s’accumulent. Les nuisances visuelles et la dégradation du cadre de vie alimentent un sentiment d’impunité vu l’absence de contrôle et de sanction.

La canette, quant à elle, est recyclable à 100 % sans que le métal dont elle est constituée, aluminium ou acier, ne perde ses propriétés mécaniques intrinsèques (malléabilité, solidité, aspect, etc.) et ce, indéfiniment, quel que soit le nombre de cycles de recyclage effectués. Une canette recyclée peut servir à tout… pourvu que ce soit en aluminium : un vélo (670 canettes), une voiture, un avion, etc.

La consigne : donner une valeur au déchet

Pas étonnant que l’on fasse dès lors une fixette sur les canettes. Et que du coup différents moyens d’éradiquer ces milliers de petites boîtes métalliques de nos bords de route et chemins soient mis à l’étude. L’idée qui fait son chemin depuis plusieurs années à côté de campagnes répétées de sensibilisation, est l’instauration du consigne sur les canettes (ainsi que sur leurs cousines, les bouteilles PEHD et PET) à l’image de ce que existe déjà pour les bouteilles en verre. Fost+ n’y est pas favorable car cela nuirait à son business, mais l’intérêt général ne prime-t-il pas avant tout ?

Différentes études et comparaisons ont été faites avec notamment d’autres pays dans lesquels la consigne est appliquée : Allemagne, Québec ou même aux États Unis. Conclusion de l’Office Wallon des déchets : bilan mitigé favorable d’un point de vue environnemental (réduction de la production d’aluminium) et social (réduction des déchets sauvages) mais trop coûteux (coût logistique des canettes, coûts salariaux liés à la mobilisation du personnel des commerces pour la gestion des retours des canettes). Nous pouvons tout de même relativiser la question des coûts salariaux : le système de consigne sur les emballages de boissons permettrait de créer 1,5 à 4 fois plus d’emplois non délocalisables que le système de collecte sélective . Une étude réalisée en 2010 par « Friends of the Earth Europe » a par ailleurs, démontré qu’une tonne de déchets recyclés générait 5 à 10 fois plus d’emplois qu’une tonne de déchets incinérés. Pour la Belgique, le scénario estimait la création d’emplois liée à un système de consigne entre 700 et 1450 ETP.

En Wallonie et dès 2018, un projet de consigne sur les canettes sera tout de même mené dans dix villes pilotes. En espérant que l’essai soit concluant et que la consigne s’étende rapidement à toute la région, ainsi qu’aux trois autres régions du pays. En effet, les canettes ne connaissent pas de frontières !

Notes :
1. Étude Intertek et RDC pour le compte du SPW – Réalisation d’une étude préparatoire à la mise en œuvre d’un système de consigne sur les canettes de boissons en Belgique (décembre 2011)
Par | 2017-09-22T13:56:46+00:00 22 septembre 2017|Écologie, Gestion|

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