« Walk & Talk » avec Jean Claude Servais

« Ce n’est pas le chemin qui est important mais ce qu’il y a à côté ». Voilà pourquoi dans les bandes dessinées de Jean-Claude Servais, les histoires ne filent pas tout droit.

Atmosphère détendue et joyeuse pour notre première interview de célébrité. Parce que quand on arrive chez Monsieur Jean-Claude Servais, la première chose qu’il vous propose c’est de partir en pique-nique.

Nous sommes donc partis sur les traces de Fanchon dans le décor de la bande dessinée du même nom, au bord de l’eau. Et comme c’est plutôt l’heure de l’apéro en cette fin de semaine, nous avons aussi embarqué une bouteille de Lupulus dont l’étiquette a été dessinée par… Jean-Claude Servais !

« Ce n’est pas le chemin qui est important mais ce qu’il y a à côté ».

Dans la région de Jamoigne, il est un peu partout. Et c’est bien normal. Né à Liège, ainé d’une famille de cinq enfants dont quatre filles, il débarque de sa ville natale à l’âge de 20 ans et s’installe dans la maison de sa grand mère alors veuve. Le paternel, sans doute influencé par l’image de la seule femme artiste de la famille dilapidant l’argent des ventes de ses tableaux au bistro, a décidé que dessinateur ce n’était pas un vrai métier. L’air de Jamoigne était plus propice à la créativité, quarante ans plus tard, son fils y est toujours.

A vingt ans donc il travaille déjà pour Tintin et Spirou. Époque sans Internet où on lui demandait de dessiner des cactus dans des décors mexicains sans jamais avoir mis les pieds là bas.

Après un petit passage obligé par la case service militaire, Jean-Claude Servais part directement sur les chemins avec Tendre Violette et ses « petites histoires de villages » comme il les appelle. Grâce à des titres comme la Tchalette, nous pouvons découvrir les coins et recoins de toute la région de Gaume.

« Petites » histoires mais efficaces au vu de leur succès et du nombre de bandes dessinées produites tout au long de sa carrière. Petit bémol tout de même car si le public belge suit bien, les français décrochent de plus en plus. Vient alors la conclusion toute simple pour les reconquérir : « Si tu veux vendre aux français, il faut leur parler d’eux ! ». L’objectif est de sortir des librairies spécialisées et surtout en tant qu’auteur qui se définit lui-même comme auteur de province, se retrouver dans les librairies de province. Là où le public retrouvera ses paysages quotidiens dans les décors des cases de bandes dessinées.

Sur les traces de Fanchon dans le décor de la bande dessinée du même nom, au bord de l’eau.

Pourquoi Saint Jacques ?

Jean-Claude Servais décide alors de prendre un risque avec le thème des Chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Le style reste le même, mais le sujet est cette fois-ci totalement inconnu. Commence alors une longue marche pour lui : au minimum deux cycles de quatre bandes dessinées. Comme certains se lancent dans l’épreuve physique de Saint-Jacques à un moment particulier de leur vie, la remise en question de Jean-Claude Servais s’est faite via cette nouvelle série. Une bande dessinée, un an de travail, de recherches, de contacts, de lectures, de témoignages, de voyages et de photos sur le parcours. Des heures de dessin chez lui. Des heures de marche autour d’un chalet au bord de l’eau pour permettre une écriture qu’il veut claire, juste et simple.

Jean-Claude Servais descend faire ses reportages photos pour les décors au fur et à mesure qu’il avance dans l’écriture. Ce sont les personnages qui le guident. Il ne sait véritablement ce qu’il va raconter que depuis la fin de son quatrième album. Le lecteur doit être patient, il comprendra au rythme de la marche des protagonistes de l’histoire. Attention spoiler : le quatrième tome se clôturera sur la révélation du nom du tueur. Après quoi tous les héros repartiront pour un nouveau départ.

Si son objectif est bien d’arriver jusqu’à Saint-Jacques, c’est la partie française qui l’intéresse le plus. Par ailleurs, il a pris quelques libertés avec les « tracés officiels ». Son but n’est pas de parcourir le chemin lui-même mais d’utiliser les dérives et à côtés de celui-ci pour créer des rencontres, découvrir la culture, le patrimoine et la gastronomie locale.

Au final et quasi cinquante bandes dessinées plus tard, Jean-Claude Servais garde comme ses meilleurs souvenirs Tendre Violette, Lova et sa nouvelle série sur les Chemins de Compostelle. Cette dernière pour toutes les rencontres et amitiés qui en ont résulté.

Le Centre Culturel et la Maison du Tourisme ont réalisé un parcours permanent d’une dizaine de kilomètres entre Jamoigne et Florenville,
mettant en valeur le patrimoine de la région et dont les panneaux didactiques sont des reproductions d’extraits de planches des bandes dessinées.

Vous pourrez croiser Jean-Claude Servais lui-même le dimanche matin sur les circuits des marches Adeps de la région. Mais pas celles qui partent avant dix heures car la Saturday night fever de Jean-Claude Servais se fait tous les samedis soirs autour d’une table de ping pong, troisième mi-temps comprise. Et puis, pas celles non plus qui font plus de quinze kilomètres parce que « pour les vingt il faut se lever trop tôt et en plus on rate l’apéro ».

La boucle est bouclée. Nous terminons la bouteille de Lupulus avec une séance de dédicace rien que pour nous. Le soleil décline, nous quittons cette région aux ambiances tellement particulières et si propice aux décors de bandes dessinées.

Le parcours Servais : http://www.parcours-servais.be/

Par | 2017-06-21T10:50:23+00:00 20 juin 2017|Portraits, Walk & Talk|

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