« Walk & Talk » avec Micheline Dufert et Francis Pourcel

Nous sommes début d’octobre. Un vendredi. Il y a du soleil. Charleroi, depuis le haut de son terril Bayemont-St-Charles fait penser à une pochette d’album de Pink Floyd. « C’est exactement ça ! » s’exclame Micheline qui justement évoque le démantèlement des structures industrielles et sa crainte de les voir toutes disparaître. Parce que Micheline et Francis partagent au moins deux passions : la marche et la musique punk industrielle. Et c’est pour ça qu’on est sur ce terril, en blouson de cuir, ce vendredi d’octobre. Tout ça se tient.

Dans les années 70, c’est au pied des terrils, au milieu de l’industrie carolo encore productive, face à la voie ferrée que leurs groupes Kosmos puis Sic répètent. Le voisin est fan de Frédéric François, mais n’a jamais porté plainte contre les expériences sonores du dimanche matin. Il a bien fait, 40 ans plus tard, une maison de disques aux États-Unis réédite les musiques produites alors dans des conditions « industrielles ».

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Micheline et Francis écument les terrils de Charleroi en tous sens depuis des années.

Le déclic du Cazier

Plus tard, dans les années 2000, une balade au Bois du Cazier crée le déclic et impose l’idée d’une chaîne des terrils carolos. Ils ont bien ça au pays des Ch’tis alors pourquoi pas au Pays Noir1 ! L’idée est simple explique Francis : « les chemins relient les gens et favorisent les rencontres ». À partir de 2011, branle-bas de combat, finies les petites promenades en amoureux, il est grand temps que le monde (de Charleroi déjà) (re)découvre ses tas de cailloux sous un nouveau jour !

Les terrils entre Dampremy et La Docherie sont alors écumés dans tous les sens. Recherche systématique des possibilités de liaisons piétonnes, depuis les sommets des terrils vers les rues avoisinantes, du nom des rues, du type de paysage et d’habitat lié à chaque terril, de l’emplacement des puits de mine…

L’objectif : créer une jolie balade riche en paysages pour les futurs promeneurs.

Le résultat : un tronçon permettant l’ascension de quatre terrils reliés entre eux par des passages, sentiers, venelles et brèves traversées de rues. Cette vingtaine de kilomètres permet d’appréhender à pied la ville autrement, par le biais de l’histoire industrielle et de ses vestiges. Francis étant, à ses heures perdues, aussi amateur de photos, une large galerie de clichés illustre le blog reprenant l’ensemble des recherches2.

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Découverte de la Boucle Noire dans le cadre du projet Asphalte#2.

Une aventure humaine

En plus de l’aventure physique des kilomètres parcourus et des nombreux chantiers de débroussaillage, ce projet est aussi une aventure humaine faite de rencontres. D’abord avec les riverains et les utilisateurs des terrils comme les gosses qui y jouent après l’école. « À chaque visite sur place, nous expliquons la démarche aux riverains et aux enfants rencontrés. Il est important qu’ils s’approprient aussi le projet » raconte Micheline.

Riverains avec qui il faut parfois négocier le passage, le déplacement d’une barrière… Rencontre ensuite avec les comités de citoyens des terrils des Piges à Dampremy et du Martinet à Roux qui œuvrent à la protection et mise en valeur de leur terril. Rencontre enfin avec des personnes clefs qui ont permis au projet d’être boosté. Fin 2013, avec Annick Marchal, chargée de mission à Espace Environnement3, Martine Piret, cheffe de projets à la Division de l’Aménagement urbain de la Ville de Charleroi et Fabrice Laurent, directeur du Centre culturel de l’Eden4.

Martine Piret s’occupe des terrils depuis longtemps. D’abord des chantiers d’exploitation dans les années 80, lorsqu’on y grattait tout ce que l’on pouvait pour chercher les derniers morceaux de charbon. Et puis dans une vision plus nature depuis les années 2000 grâce à l’impulsion des comités de citoyens ayant réalisé de nombreux inventaires de la biodiversité présente. Aujourd’hui Martine est le « bras armé » du projet, celui qui permet de dégager un tas de détritus gênant, d’obtenir les autorisations de passage, puis de balisage permanent, d’ouvrir un passage bloqué… « Nul n’est censé ignorer la loi », répète-t-elle en souriant. Mais c’est aussi elle qui a allumé l’étincelle en incitant Micheline et Francis à déposer leur dossier de valorisation de la chaîne des terrils à la Ville de Charleroi dans le cadre du concours Mayor Challenge5.

Martine Piret

En compagnie de Martine Piret, cheffe de projets à la Division de l’Aménagement urbain de la Ville de Charleroi.

Fabrice Laurent, lui s’est chargé de faire la promotion du projet sur le plan culturel. En septembre 2014, le Centre culturel régional de l’Eden soutient le projet en proposant au public, lors des fêtes de Wallonie, une balade guidée sur la future boucle balisée. Une nouvelle balade-découverte est mise à l’agenda de l’Eden en 2015 toujours dans le cadre des Fêtes de Wallonie : « Sû les teri, sintez come èm keur bât ! ». Consécration en 2016, où entre temps avec l’association des Sentiers de Grande Randonnée le tracé de la chaîne des terrils est inclus dans une boucle additionnelle au GR412, l’Eden intègre la promenade dans le cadre de son projet Asphalte#26. Plus de 400 personnes se retrouvent à parcourir « La Boucle Noire » des terrils avec vue sur la cover de l’album de Pink Floyd.

La prochaine étape pour Micheline et Francis n’est pas de remonter sur scène, mais de voir aboutir le projet d’une passerelle sur la Sambre à la hauteur de la confluence Sambre-Canal. Celle-ci permettrait de désenclaver les quartiers de la Docherie et de Dampremy isolés socialement et par les barrières physiques qui les entourent (industries, terrils, topographie, artères fluviales et routières) et de les lier au centre-ville, mais également aux quartiers voisins.

Terrils not dead ! Let’s join the city !

Notes :
1. Un exemple de valorisation de chaîne de terrils s’observe dans le Nord-Pas de Calais où les 337 terrils qui jalonnent le paysage ont été inscrits en tant que paysage à préserver dans une perspective de renouveau régional. La chaîne que forment ces terrils est reconnue Patrimoine mondial de l’Unesco.
Par | 2016-12-07T22:00:32+00:00 19 octobre 2016|Portraits, Walk & Talk|

2 Commentaires

  1. Bernard Legrand 11 novembre 2016 at 12 h 47 min- Répondre

    Bonjour,

    Pourriez-vous m’envoyer le tracé GPX de la Boucle noire. Je désire reconnaître cette superbe rando pour l’adapter aux personnes à mobilité réduite.
    Je suis directeur exécutif de l’ASBL Handi-Rando et voudrais la parcourir en 2017 (en totale ou partielle) avec nos joêlettes.
    Bernard Legrand, accompagnateur montagne,
    ASBL Handi-Rando

  2. Christophe Danaux
    Christophe Danaux 18 novembre 2016 at 15 h 35 min- Répondre

    Bonjour,

    Vous pouvez passer par le blog de Micheline et Francis et leur envoyer un mail. Ils transmettent le fichier GPX sur demande.

    https://cheminsdesterrils.be/about/

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